Unité Populaire
Les persophobes dévoilés PDF Imprimer Envoyer
Mardi, 30 Juin 2009 14:17

Le verdict des médias occidentaux est tombé. Sans appel. Unanime. Les élections iraniennes n’auraient été qu’une vaste fraude, la population mécontente aurait pris possession des rues partout dans le pays, et le pouvoir "illégitime" du président sortant et réélu Ahmadinejad serait amené bientôt à céder face au "sens de l’histoire". Quant à ceux qui, en Occident, osent remettre en cause cette analyse, penser que M. Moussavi n’est peut-être pas la réincarnation du Sauveur ou suggérer que ses partisans sont tout de même minoritaires en Iran, il ne peut s’agir que d’agents vendus à la République islamique, de factieux constituant une cinquième colonne chez nous, voire, carrément, si l’on en croit Israël Magazine, d’un "lobby iranien en Europe" ! Entendre des sionistes s’élever contre un lobby vaut son pesant d’or, il fallait oser…

 

Ceux qui tentent, via internet ou la presse indépendante, de jouer une fausse note dans le concert univoque et magnifiquement huilé des médias acquis à la nouvelle mode de la persophobie ne peuvent être sortis que des "officines islamo-gauchistes"[1]. Plus possible, désormais, de parler de Mahmoud Ahmadinejad sans utiliser le préfixe ultra : "ultra-conservateur", "ultra-populiste", "ultra-intégriste", "ultra-nationaliste", "ultra-radical"…[2] Ne cherchez pas de sens objectif à ces termes, il n’y en a pas, ils ne sont là que pour imprimer dans l’esprit du lecteur un sentiment d’aversion par accumulation d’épithètes diabolisantes. L’enfonceur de portes ouvertes Bernard Henry-Lévi, dans une vidéo maison tournée dans un coin de son salon et en ligne sur internet depuis quelques jours, nous apprend, dans une grandiloquente "Adresse à la Jeunesse Iranienne", que la République islamique n’est qu’une forme iranienne de "national-socialisme"… Des trémolos dans la voix, il en appelle aux mânes de Michel Foucault, singe Malraux avec des gestes de prédicateur en récitant un texte indigeste où la litanie obsédante des mots "peuple" et "jeunesse" nous rappelle, par effet de miroir, que ces deux notions lui sont devenues étrangères depuis bien longtemps.

 

Les comparaisons les plus insensées fusent dans les discours de nos intellectuels autorisés : Budapest 56, Tiananmen 89… Le Matin Dimanche, bouclant la boucle du double discours, n’a rien trouvé de mieux, le 20 juin, pour défendre la démocratie iranienne que d’aller chercher le soutien de… Reza Pahlavi, fils du dernier shah d’Iran[3] ! Il faut croire que même le "libéral" Moussavi était encore trop républicain et populeux pour nos médias… La logique de la propagande auto-reproductrice fonctionne maintenant à plein régime, le mensonge générant le mensonge et justifiant les jugements les plus obtus tout en accréditant les pires appels à l’ingérence et aux coups de force tant qu’ils sont présentés comme paroles d’expert. Y a-t-il encore une place pour la modération, pour le doute critique, dans cette avalanche de verdicts unilatéraux dignes de la Pravda dans sa grande époque ? Essayons d’y voir un peu plus clair et de trouver ce qui se cache derrière le miroir aux alouettes.

 

Tenons-nous en, dans un premier temps, aux faits. Pour ça, au moins, tout le monde les connaît. Aux élections présidentielles du 12 juin – élections au suffrage universel, suffrage féminin compris[4], avec une participation très forte d’environ 83% des citoyens – le président sortant Ahmadinejad est réélu haut la main avec 63,3% des suffrages (24,5 millions de voix), devant un de ses concurrents, M. Moussavi, qui remporte 34,2% des suffrages (13,2 millions de voix). M. Moussavi qui a, sur la base d’on ne sait quelles informations ou quelle fuite, annoncé sa victoire avant la fin du dépouillement, s’étonne de ce résultat (ou joue l’étonnement) et exprime publiquement ses doutes sur la régularité du décompte des voix. Ces doutes – qui deviennent vite, pour lui et pour ses partisans, une conviction – amènent, notamment à Téhéran (surtout dans les quartiers nord en fait, fief de la classe supérieure) et dans quelques autres grandes villes du pays, un certain nombre de citoyens à descendre dans la rue et à exiger un recomptage tout en refusant de reconnaître le résultat officiel du scrutin. Jusque là, tous les observateurs sont d’accord : il s’agit de faits incontestables.

 

Une des questions qui se posent est donc de savoir s’il y a ou non eu fraude lors de ces élections. Il est impossible de le nier. Mais il est tout aussi impossible de l’affirmer. La possibilité existe toutefois, et c’est hélas une irrégularité qu’on retrouve, à plus ou moins grande échelle, dans toutes les démocraties du monde. Souvenons-nous par exemple des scandales qui ont émaillé l’élection et la réélection de Georges W. Bush, de l’affaire des votes de la Floride par exemple. Les médias n’en avaient certes pas fait un aussi grand scandale que dans l’affaire iranienne (l’éternel deux poids-deux mesures) mais ces fraudes sont maintenant avérées. Il n’est donc pas impossible qu’une telle manipulation ait eu lieu, à plus petite échelle, en Iran, mais pour le moment du moins, et contrairement au cas américain, personne ne semble disposer d’aucune preuve – à commencer par les opposants au président qui n’ont pas encore réussi à étayer leurs accusations sur des bases concrètes. Or, dans tout Etat de droit, et c’est valable chez eux comme chez nous, c’est à celui qui accuse d’apporter la preuve de ce qu’il avance, conformément au principe juridique moderne de la présomption d’innocence.

 

Remarquons tout de même au passage que, s’il y a eu fraude, ce n’est pas nécessairement pour autant le résultat du scrutin qui est en jeu, mais peut-être uniquement la différence de proportions entre le vainqueur et le vaincu. En effet, la différence de nombre de voix entre les deux candidats est telle que la victoire du premier sur le second ne peut s’expliquer par une simple fraude, laquelle n’aurait pas pu tout de même s’appliquer à plus de dix millions de bulletins…

 

Cette impression est confirmée par un sondage réalisé le 3 et 4 mai de cette année par deux experts étasuniens, Ken Ballen et Patrick Doherty, à Téhéran ainsi que dans 29 capitales provinciales et 32 autres villes importantes. Le résultat de ce sondage donnait une très nette préférence à Ahmadinejad avec 58,6% de votes favorables contre 21,9% pour Moussavi. Les experts ajoutent que c’est la classe d’âge des 18-24 qui constituait le bloc électoral la plus important en faveur d’Ahmadinejad[5]. Est-il vraiment étonnant que trois semaines plus tard les élections présidentielles aboutissent au résultat que nous connaissons ? D’où vient donc, chez les observateurs étrangers, cette surprise irrationnelle – ou cette apparence de surprise ?

 

L’ethnologue Jean-Pierre Digard[6], spécialiste de l’Iran, donnait l’explication suivante dans un entretien accordé à L’Humanité le 15 juin : « La surprise de ce résultat réside dans un effet de zoom exagéré produit par les médias qui, en général, ne parlent pas le persan, font des séjours assez brefs en Iran, et n’ont accès précisément qu’à la frange de la population qui est occidentalisée et qui parle anglais – ce qui donne un éclairage très particulier qui ne correspond pas à la réalité. »[7] Un analyste du journal Al-Hayat (Londres) faisait lui aussi remarquer ceci : « La couverture médiatique étrangère a accrédité l’idée qu’Ahmadinejad ne pouvait gagner. C’était prendre ses propres désirs pour la réalité. Les journalistes ont donné une vision déformée de l’opinion publique – probablement parce qu’ils ne savaient pas comment aborder la rue iranienne. »[8] 

 

C’est aussi ce qui faisait dire au journaliste suisse Serge Michel, plus de deux mois avant les élections, dans les pages de L’Hebdo le 2 avril que « depuis trente ans, les journalistes occidentaux mettent l’accent sur les failles du système ou ses aspects les plus répressifs. Ils interrogent le plus souvent les gens qui leur ressemblent ou dont ils apprécient les propos, des intellectuels laïcs, des étudiants rebelles, des femmes qui mettent en cause l’orthodoxie islamique. Du coup, l’Iran qu’ils découvrent serait toujours "sur le point d’imploser". »[9] Pourrait-il encore parler avec cette franchise aujourd’hui alors que l’ensemble des médias semble s’être aligné sur une position unique, celle de l’opposition par tous les moyens (y compris les moins déontologiques) à la personne et au gouvernement d’Ahmadinejad ? En réalité, les résultats du 12 juin n’ont étonné que ceux qui s’obstinaient depuis déjà des années à fermer les yeux sur la réalité de l’opinion publique iranienne…

 

Nous devons conclure que s’il y a eu fraude, il faut parvenir à le prouver, et que si les opposants parviennent à amener ces preuves, il est de leur droit le plus strict de contester le résultat officiel et de demander un recomptage. L’ayatollah Ali Khamenei s’est d’ailleurs dit ouvert à un dialogue allant dans ce sens. Mais, fraude ou pas, la dispute ne saurait vraisemblablement porter que sur le détail des chiffres, pas sur les résultats en tant que tels qui, eux, sont sans appel et confirment clairement la volonté populaire iranienne de confier un nouveau mandat au président Ahmadinejad.

 

Le critère fondamental qui distingue les partisans de M. Moussavi de ceux de M. Ahmadinejad est, pour ainsi dire, un critère de classe au sens large, déterminé par la situation économique des acteurs en présence et les conséquences culturelles et sociétales de ces situations économiques divergentes. Sociologiquement, tout le monde ou presque s’accorde à ranger les partisans de Moussavi dans la catégorie d’une certaine bourgeoisie urbaine instruite, aux mœurs et aux pensées plutôt libérales et ayant une forte tendance à regarder du côté de l’Occident, sur le plan de leurs idéaux, de leur type de consommation et de leurs références politiques. Les partisans d’Ahmadinejad au contraire – et le résultat du scrutin nous étonnera moins lorsqu’on l’aura rappelé – constituent le gros de ce qu’il est convenu d’appeler le peuple : ouvriers, agriculteurs, artisans, soldats, etc. Ces derniers, plus enracinés dans leur terre, plus proches de la tradition et de l’Islam chiite, sont aussi les plus fervents défenseurs de la Révolution islamique, à qui ils doivent beaucoup sur le plan des acquis sociaux et de la souveraineté nationale. Ce sont là deux Iran très différents qui s’affrontent, mais le second l’emporte numériquement de beaucoup sur le premier, comme il est facile de le comprendre.

 

L’éditorial du Financial Times du 15 juin relevait la chose suivante : « Pour les pauvres, le changement, cela signifie avoir à manger et avoir du travail : ça n’est pas une question de code vestimentaire branché ni de récréations mixtes. En Iran, la politique a énormément plus à voir avec la lutte des classes qu’avec la religion. »[10] Dans le même ordre d’idées, James Petras, professeur émérite de sociologie à l’université Binghamton de New-York, figure bien connue de la gauche américaine, faisait remarquer que « la majorité des électeurs préfère le bien-être social à la liberté débridée des marchés et préfère la sécurité nationale à l’alignement sur tel ou tel empire. »[11] Thierry Meyssan, analyste de géopolitique qu’on ne présente plus, évoque quant à lui « un profond clivage dans la société iranienne entre un prolétariat nationaliste et une bourgeoisie qui déplore d’être tenue à l’écart de la globalisation économique. »[12]

 

Ces considérations sociologiques étant posées, on comprend mieux la sympathie pour l’opposition exprimée par ceux qui, à l’étranger, ont tout intérêt à ouvrir de nouveaux marchés dans le cadre d’un pays qu’ils rêvent de voir "normalisé" sur le standard libéral américain. Intérêt marchand qui se couple avec des intérêts géopolitiques encore plus faciles à comprendre : ceux d’un empire qui s’est engagé auprès d’Israël à faire taire quiconque ferait de l’ombre à l’Etat hébreux et à faire en sorte que ledit Etat reste le seul, dans la région, à posséder l’arme nucléaire[13]. Et puis il y a du pétrole aussi en Iran…

 

Partant de là, tous les coups sont permis, comme nous le constatons journellement depuis quinze jours à la lecture des quotidiens ou au spectacle de la télévision. Interprétations orientées invariablement dans le même sens, fausses informations, manipulation de l’opinion, réflexes pavloviens de journalistes aux ordres et qui ont tellement bien intégré la ligne officielle qu’ils n’ont même plus besoin d’être tenus en laisse... Un exemple de mensonge parmi d’autres ? Voyez ci-dessous :

 

Ici la page internet du Los Angeles Time ; on y voit le président Ahmadinejad saluant une foule constituée vraisemblablement de ses partisans :

 

 

 

Et maintenant la page internet de la BBC présentant la même photo, avec un cadrage plus serré excluant Ahmadinejad. Mais cette fois, la foule enthousiaste est présentée comme celle des partisans de Moussavi…

 

 

 

Ce n’est là qu’un exemple parmi beaucoup d’autres de la guerre totale engagée par le camp atlantiste, via les médias, contre l’Iran. Si je me permets de parler de persophobie, c’est bien parce qu’il doit nous paraître évident à présent que c’est l’Iran, non seulement comme gouvernement mais aussi comme nation, comme peuple, comme civilisation millénaire, qui est attaqué aujourd’hui par cet autre empire dont les capitales sont Washington, Tel-Aviv, Bruxelles… Nos médias défendent-ils vraiment la "révolution verte" lorsqu’ils appellent de leurs vœux le retour du shah tout en se parant d’oripeaux humanistes et démocratiques ? Cette seule idée ferait frémir M. Moussavi, qui n’a jamais rien souhaité de tel ! Mais Moussavi n’est peut-être qu’un instrument pris dans un engrenage qui le dépasse ?... Non, ce qu’ils aiment dans la "révolution verte", c’est tout ce qui n’est pas spécifiquement iranien, c’est le désir d’"ouverture", c’est-à-dire d’affaiblissement national, la tentation propre à toutes les bourgeoisies d’un mode de vie plus mercantile et plus cosmopolite, loin des valeurs culturelles, familiales et solidaires qui constituent l’identité iranienne populaire.

 

Or, ces valeurs, c’est justement ce que représentait Ahmadinejad et, au-delà de sa politique socialisante (fondée en grande partie sur la redistribution aux plus pauvres de la manne pétrolière[14]), c’est aussi sur ce programme qu’il s’est fait réélire. Comme l’explique Christian Bouchet dans un récent article, « Ahmadinejad a eu largement les faveurs de son peuple qui a trouvé en lui l’homme qui entend restituer la grandeur de l’antique Perse. […] Dans son pays, et cette présidentielle l’a prouvé, Ahmadinejad est élevé au rang de héros national qui tient tête aux puissants de ce monde, même sous embargo. »[15] Pour cette raison-là également, le président est en train d’acquérir une aura incontestable parmi les ennemis de l’impérialisme et de la mondialisation dans différents pays du monde – le nôtre y compris – comme avait pu le faire Castro en son temps, et comme c’est le cas aujourd’hui pour d’autres figures de la résistance comme celles d’Hugo Chavez ou d’Evo Morales.

 

Nous ne pouvons que souhaiter, pour l’heure, une résolution pacifique des troubles civils (troubles très parcellaires) avec lesquelles l’Iran est actuellement aux prises comme nous pouvons souhaiter que, grâce à internet et grâce à un regain de la pensée critique, le public international soit amené à réviser ses jugements sur la situation de ce pays et à cesser de croire aveuglément comme paroles d’évangiles les slogans haineux que nos médias nous livrent en pâture à longueur de journée.

 

 

pour Unité Populaire, David L’Epée


[1] C’est l’expression qu’emploie Maurice Szafran, directeur de la revue Marianne, dans une chronique datée du 19 juin où il fait, comme tant d’autres, son sermon d’allégeance (je cite) : « L’un des combats d’idées les plus ardents de Marianne a été, est et restera la dénonciation inlassable de la collusion entre l’islamisme et le gauchisme dévoyé qui s’en est fait depuis tant d’années le fourrier zélé. »
[2] Je le confirme, j’ai pu lire tous ces termes fantaisistes au moins une fois dans la presse romande et française de ces dernières semaines !

[3] Dans cet entretien, le fil du shah, réfugié aux Etats-Unis, à qui on demandait s’il souhaitait revenir sur le trône déchu de son père, disait être « prêt à servir mon pays si mes compatriotes me le demandent », évoquant son rêve d’une restauration de la monarchie…

[4] Le suffrage féminin apparaît certes comme une évidence et il est la base de toute vraie démocratie, mais nous savons qu’il n’en va pas de même dans l’ensemble des pays musulmans : l’Iran, dans ce domaine comme dans bien d’autres, se pose comme un des pays les plus progressistes de la région.

[5] Pour pousser plus loin le décryptage du mensonge médiatique actuellement à l’œuvre, précisons encore que, toujours selon ces deux experts, les deux tiers des représentants de cette classe d’âge ne possèdent pas d’ordinateur et ne pratiquent pas l’internet. Information qui prend tout son sens lorsque nous entendons nos journalistes nous dire que la contestation anti-Ahmadinejad est emmenée par une majorité de jeunes et que ces jeunes organisent et font connaître la (contre-)"révolution" au moyen d’instruments comme Twitter ou Facebook… L’agitation politique sur la toile est bien réelle mais elle ne saurait être, sociologiquement, que le fait d’une minorité – une minorité privilégiée.

[6] auteur de L’Iran au XXe Siècle, Fayard, 2007 (co-écrit avec Bernard Hourcade et Yann Richard)
[7] L’Humanité, 15 juin 2009 ; Jean-Pierre Digard, sur la question de savoir ce qu’est ce fameux "conservatisme" qu’on attribue à l’actuel président iranien, considère que ce terme est erroné : « Ahmadinejad n’est pas du tout un conservateur, c’est un révolutionnaire. »

[8] Daoud Al-Charyan, Al-Hayat, juin 2009 (traduction : Le Courrier International)

[9] L’Hebdo, 2 avril 2009
[10] Financial Times, 15 juin 2009
[11] James Petras, cité par le Réseau Voltaire. Il ajoute dans le même texte : « L’analyse démographique des électeurs met en évidence une réelle polarisation de classe, qui dresse des individus bénéficiant de hauts revenus, partisans du libre marché, capitalistes et individualistes, contre une classe laborieuse ayant de faibles revenus, fortement solidaires entre eux, partisans d’une économie morale dans laquelle l’usure et le profit sont strictement limités par des préceptes religieux. Les attaques ouvertes d’économistes oppositionnels contre les dépenses sociales du gouvernement, contre sa politique de crédit accessible et de très généreux subventionnement des produits alimentaires de première nécessité ne les ont pas vraiment fait apprécier par la majorité des Iraniens, qui bénéficient de ces programmes sociaux du gouvernement. »
[12] Thierry Meyssan, "La CIA et le laboratoire iranien",Réseau Voltaire, 17 juin 2009
[13] Ce qui a fait dire à James Patras, déjà cité plus haut, que « les néoconservateurs, les conservateurs libertariens et les trotskystes ont joint leurs voix à celle des sionistes, saluant les protestataires de l’opposition iranienne. »

[14] « Le président, plus populiste que jamais, prouvait par là non seulement sa démagogie mais son inculture économique : au lieu d’enrichir les plus riches, comme il se doit dans un pays civilisé, grâce à un "bouclier fiscal", il privilégiait le peuple !... » ironisait Jean Lévy, du Comité Valmy, dans un texte du 14 juin 2009 intitulé "Les élections en Iran : une lourde défaite de l’impérialisme"

[15] Christian Bouchet, "Arrogance occidentale", VoxNR, 15 juin 2009 ; le chroniqueur concluait son analyse par ce constat judicieux : « La victoire de Mahmoud Ahmadinejad, c’est aussi, d’une certaine manière, notre victoire, celle des mal-pensants et celle des résistants… »
 
levée de boucliers contre le Cassis de Dijon en Suisse PDF Imprimer Envoyer
Mardi, 30 Juin 2009 14:12

« Faciliter l'importation de produits en provenance de l'UE n'est pas du goût de certains agriculteurs. Un comité emmené par le Genevois Willy Cretegny a lancé mardi le référendum. Les opposants à l'assouplissement des entraves techniques au commerce ont jusqu'au premier octobre pour récolter 50'000 signatures. Ils estiment que l'argument selon lequel la nouvelle loi permet de lutter contre "l'îlot de cherté" suisse ne tient pas la route d'un point de vue économique, écologique et éthique.

Le projet "supprime la raison d'être de nos normes, réduit à néant notre volonté d'excellence et va soumettre nos producteurs, industriels ou agricoles, à une pression encore plus forte" déplore le mouvement La Vrille. Le Cassis de Dijon met à mal tant le principe de souveraineté que la cohésion interne, la prospérité commune, le développement durable et la diversité culturelle, selon lui. Cette loi est "un grand pas en arrière" a insisté Willy Cretegny devant les médias. […] La réforme ouvre en outre, à ses yeux, un boulevard aux produits chinois, thaïlandais, australiens et autres. L'accès facilité au marché suisse ne vaudra pas que pour les produits européens, mais également pour les produits tolérés en Europe, a ajouté l'écologiste genevois.

Les référendaires se montrent critiques à l'égard des grandes organisations agricoles comme l'Union suisse des paysans et des garde-fous qu'elles ont obtenus. L'obligation d'indiquer le pays de provenance n'est que "des cacahuètes", selon l'expression de M.Cretegny. Quant à l'autorisation de commercialisation requise, elle est une illusion: les conditions d'octroi sont faciles à remplir, l'office fédéral compétent n'aura que deux mois pour trancher et son feu vert vaudra pour tous les produits de même type. Une analyse partagée par le député genevois René Desbaillets, convaincu que le Cassis de Dijon va à l'encontre des préoccupations de proximité des consommateurs. "Au final, on va augmenter les transports inutiles et vivre sur le dos des paysans des pays pauvres pour gagner quelques centimes" a-t-il pronostiqué.

En 2007, la Vrille n'avait réuni que 37'000 signatures contre la politique agricole 2011, faute entre autres de relais en Suisse alémanique. Il pourrait en aller différemment cette fois. Willy Cretegny considère les chances d'aboutir comme assez bonnes, vu notamment le petit oui du National au Cassis de Dijon (101 voix contre 82 et 10 abstentions, issues de l'UDC et des Verts). Outre le syndicat romand Uniterre, des groupes alémaniques comme les Verts alternatifs de Berne et le Bäuerliches Zentrum présidé par le conseiller national Josef Kunz (UDC/LU) sont prêts à se lancer dans la bataille. »

 

ATS, 23 juin 2009

Le  Cassis  de  Dijon :  Servitude  Volontaire  pour  les  Suisses

 
Le crépuscule de la social-démocratie PDF Imprimer Envoyer
Mardi, 30 Juin 2009 14:07

Le Parti Socialiste suisse-allemand ayant décidé cette semaine de renoncer au symbole historique du poing et de la rose (peut-être encore un peu trop "radical" pour un parti social-démocratie passé à la bourgeoisie libérale avec armes et bagages), nous vous proposons, comme écho à ce non-événement, une petite réflexion de Jean-François Kahn :

 

 

 

« Le PS en tant que tel est en situation épouvantable. En vérité, il n’y a plus de Parti Socialiste, mais des clans qui se détestent, une structure partisane faite de vieux notables poussiéreux, c’est terrible ! Leur seule possibilité, c’est de dissoudre le vieux parti et de créer quelque chose de neuf. Mais le plus frappant, c’est qu’ils disent eux-mêmes que ça va mal ! Ils se plaignent de n’avoir personne à leurs réunions, de ne pas avoir de dynamisme, etc. Les socialistes sont d’un masochisme hallucinant ! En plus, toute une fraction du parti souhaite la défaite pour qu’elle serve de leçon. […]

 

Il y a une crise grave de la social-démocratie. C’est-à-dire d’une gauche qui s’est peu à peu ralliée à l’orthodoxie néolibérale. Quand le système néolibéral s’écroule, on se dit que ça devrait être fatal à la droite. Mais les électeurs de droite sont… des électeurs de droite. Que voulez-vous qu’ils soient d’autre ? Et la droite a bougé, elle s’est mise à faire de l’étatisme, à critiquer les hauts salaires des patrons, etc. Elle a donc limité la casse. Celle qui paie au centuple l’effondrement de l’idéologie à laquelle elle s’est ralliée, c’est la gauche. Parce que ça n’était pas dans sa nature et que ses électeurs le lui font payer. […] La social-démocratie est un vieux truc du XIXe siècle. Nous sommes en période de mutation formidable, il faut changer les logiciels. »

 

 

Jean-François Kahn, écrivain, interviewé par Le Matin Dimanche, 17 mai 2009

 

 

à propos de Jean-François Kahn :  Ca  Bouge  à  Gauche !    L’Abécédaire  Mal-Pensant  de  Jean-François  Kahn    Le  Gratin  des  Médias  se  Retrouve  à  Neuchâtel

 
Le libéralisme libertaire : un "nietzschéisme de gauche" PDF Imprimer Envoyer
Mardi, 30 Juin 2009 14:03

« Qu’est-ce que le nietzschéisme de gauche ? C’est l’idéologie dominante du libéralisme libertaire, phase du capitalisme où celui-ci se révèle, pour reprendre les termes de Michel Clouscard, toujours aussi répressif sur le producteur, mais permissif pour le consommateur. Le nietzschéisme, qui repose fondamentalement sur un révisionnisme philosophique, l’édulcoration systématique de Nietzsche, permet de continuer le combat contre le marxisme et le socialisme dans le contexte de la prétendue société de consommation. […]

 

Une foule qui manifeste ou qui occupe une usine, ce n’est pas assez nomade. Ca ne vaut pas les Vandales. Aussi s’agit-il, pour être fidèle à l’appel du mythe, de penser "Epicure, Spinoza et Nietzsche comme penseurs nomades". Attali comprendra aussi les attraits publicitaires du "nomadisme", surtout à une époque où le capital exige des salariés plus de "flexibilité". […] Le devenir-révolutionnaire ne doit pas passer par la révolution, surtout pas ! Au besoin, on fera une révolution nomade pour rire, comme à la Sorbonne en mai 68, "révolution" permettant d’installer le paradigme du capitalisme nomade (à l’époque on ne dit pas encore "mondialisé"). C’est toujours mieux que ces deux entités rigides et furieusement anti-nomades que sont la nation et la classe ouvrière… […]

 

Cette multiplicité non totalisable de pouvoirs et d’interprétations, que Foucault se refuse à interpréter en terme de classes, coïncidait parfaitement, dans les années 70, avec la stratégie bourgeoise de promotion des "nouvelles luttes" appelées aujourd’hui sociétales, pour mieux effacer la lutte des classes. […] A présent, la convergence de la gauche morale et du néo-fascisme n’est plus un danger, c’est un courant. La guerre d’Irak a dévoilé la connivence intellectuelle des néo-conservateurs et des nouveaux philosophes : dénonciation d’une démocratie trop faible ou trop "nihiliste" face au danger islamiste ; condamnation des "petits nationalismes" non-alignés sur l’empire occidental ; exaltation du plaisir et de la liberté individuelle de jouir (sans qu’on nous dise qui jouit, et de quoi…) comme contre-feux à la barbarie des masses ; interprétation religieuse de l’Histoire et lourd silence sur les enjeux économique des conflits ; virilité déléguée ; ironie de principe quand on ne sait plus quoi dire. »

 

 

 

Aymeric Monville, Misère du Nietzschéisme de Gauche, Editions Aden, 2007, Préface à la nouvelle édition, pp.2, 67-68, 72-73, 81-82
 
Les mensonges de la croissance PDF Imprimer Envoyer
Mardi, 30 Juin 2009 13:57

« La croissance, invoquée de manière incantatoire, promise au rang de formule magique brandie à tout-va, constituerait le remède à la quasi-totalité des malheurs qui accablent l’humanité. […] Or, la vraie question, celle qui intéresse en premier lieu les travailleurs, c’est celle du partage des fruits de la croissance, selon la formule consacrée. Et les faits sont éloquents : depuis l’offensive néolibérale des années 70, les gains de productivité, acquis par des suppressions d’emploi et une intensification du travail, sont toujours plus transférés vers le capital au détriment du travail. Entre 1983 et 2006, la part des salaires dans le PIB a ainsi baissé de 5,8% dans la zone FMI. Si les actionnaires sont les grands gagnants de ce transfert de richesse, le pouvoir d’achat des salariés stagne, quand il ne baisse pas. »

 

Julien Sansonnens, Gauchebdo n°39, éditorial, 26 septembre 2008

 
Normandie 1944-2009 PDF Imprimer Envoyer
Lundi, 22 Juin 2009 20:21

Début juin 2009. Il fait beau, le temps est superbe, j’ai beaucoup de chance : je pars quelques jours à vélo en Normandie. 500 kilomètres en cinq jours entre Caen et Cherbourg pour sillonner à vélo le Cotentin, le bocage normand et ses hauts lieux historiques et culturels. Quel pays magnifique en cette saison, vert, lumineux, des paysages contrastés allant des longues plages et falaises de la côte aux marécages, forêts et bocages de l’intérieur ; du magnifique centre-ville historique de Caen, Cherbourg et Bayeux aux nombreux petits villages bucoliques qui parsèment ce pays. Je conseille vivement cette région à tout promeneur, cycliste ou amateur de beaux voyages.

 

Pour un passionné d’histoire comme je le suis, ce pays est d’une richesse incroyable. De l’époque romaine au Moyen-Âge, de la Renaissance à l’époque moderne, il y a de quoi être comblé. J’ai particulièrement apprécié les magnifiques cathédrales et châteaux, et notamment la sublime tapisserie de la reine Mathilde, à Bayeux, représentant avec un talent sans égal une partie de l’épopée de Guillaume de conquérant, duc de Normandie, et de son ascension au trône d’Angleterre.

 

La période de ces vacances s’est trouvé coïncider avec le 65ème anniversaire du débarquement de Normandie, le 6 juin 1944, événement crucial de la 2ème Guerre Mondiale qui marqua le début de la libération de la majeure partie de l’Europe de l’Ouest, commencée en 1940. J’ai pu passer à vélo sur toutes les plages sur lesquelles cet immense prouesse logistique et technique à eu lieu et à travers les campagnes, villes et villages où en ces mois de juin et juillet 1944, les forces alliées occidentales – principalement américaines, britanniques et canadiennes – ont combattu les forces allemandes pour prendre pied sur le continent et percer leurs défenses pour ensuite avancer à travers toute la France et finir par rejoindre les forces soviétiques au cœur de l’Allemagne.

 

Il était alors naturel pour moi, de non seulement visiter ces lieux, mais de m’imaginer ce qu’ont pu ressentir les combattants de toutes ces armées et ces nations en ces lieux. Que peut-on ressentir, tôt le matin, lorsque, officier ou soldat allemand, de son petit bunker exigu, on observe une armada de 6000 navires prêts à faire feu et à débarquer pour vous déloger de là ? Qu’est-ce qui fait que vous restez à votre poste dans une tâche impossible, au lieu de prendre les jambes à votre cou ? Que peut ressentir un gamin du Nebraska, sautant en parachute en pleine nuit sur un pays inconnu ? Et un jeune homme du Québec ou du Yorkshire, qui était il y a peu encore ouvrier ou maçon, qui se trouve maintenant dans un minuscule rafiot, le transportant avec ses camarades de la sécurité d’un cargo à une plage tenue par les mitrailleuses et les canons ennemis ? Que pense le "volontaire" russe, enrôlé dans l’armée allemande, et ce matin bien loin de Minsk ou Lviv, alors que des milliers d’avions larguent des tapis de bombes sur ses positions ? Et que pense l’aviateur américain qui bombarde des villages et villes françaises, où se trouvent des ennemis, mais en sachant que ses bombes tueront femmes, enfants et vieillards français ? Et le résistant français ou le simple civil, sachant qu’enfin on allait venir chasser les Allemands qui l’avaient fait travailler comme un esclave pour construire le Mur de l’Atlantique ? Et le jeune tankiste SS de 16 ou 17 ans, arrivé tout droit de son lycée dans le Brandebourg, n’ayant connu depuis sa plus tendre enfance que les mots du régime nazi et de son Führer, "sauveur" de la nation, et pour qui il fallait se battre sans crainte jusqu’à la mort contre ces "gangsters ploutocrates yankees" ?

 

Que pouvaient ressentir tous ces acteurs en ces jours ? La peur ? Le sens du devoir ? L’embrigadement ? Le fanatisme ? Le courage ? L’envie de rapidement finir sa tâche pour que tout soir fini le plus vite possible ? La haine de l’ennemi ? L’envie de ne pas faillir pour ne pas laisser tomber ses camarades ? Le "shoot" de l’adrénaline ?

 

Pour moi qui n’ai jamais, fort heureusement, été dans une situation de guerre, je ne peux que me l’imaginer, sans jamais le concevoir réellement. A en juger par les discours officiels, le président français ne le sait pas non plus. J’ai trouvé le laïus de ce dernier, tel qu’il l’a prononcé le 6 juin 2009 au cimetière américain d’Omaha Beach, très faible. Le texte qu’il lisait se résumait à une description historique du Débarquement dénuée d’émotion et d’empathie. Il semblait lire et découvrir pour la première fois le contenu d’un cours d’histoire. L’inculture du personnage est connue, certes, mais elle est aussi le symbole de cette génération du baby boom qui à préféré, bien souvent, savourer les Trente Glorieuses dans l’hédonisme et la poursuite des gains immédiats plutôt que de réfléchir sur les sacrifices passés et de construire un avenir meilleur. Qu’en sait-il, le jeune Nicolas Sarkozy, de la peur de mourir, de la guerre, de l’Occupation… de la France « vaincue en cinq semaines » dit-il – cinq semaines, oui, après neuf mois de guerre (et je renvoie aux livres d’Henri Amouroux sur ce sujet). Au moins il aura eu le tact de ne pas récupérer ce discours médiocre prononcé en ce lieu magnifique pour les bénéfices de sa politique interne.

 

C’est pourtant ce qu’avait fait George W. Bush en 2004, avec un discours ignoble en l’honneur du 60ème anniversaire de la Deuxième guerre : il avait osé comparer cette guerre et le sacrifice d’une génération en vue d’abattre le nazisme avec la "guerre globale contre le terrorisme" et le statut des combattants américains en Iraq et Afghanistan. Répugnante comparaison à bien des effets et qui a, pour moi, sali, parmi tant d’autres occasions, à la fois la fonction présidentielle américaine et la mémoire de ces jeunes hommes. Cela, au moins Sarkozy ne l’a pas fait !

 

Le discours du président actuel Obama relève encore d’une autre catégorie. Discours assez juste, du fait notamment qu’il a mis l’accent sur la difficulté technique et logistique du Débarquement et sur la motivation des forces en présence, dans les deux camps. Mais je déplore, là encore, les vues atlantistes contenues dans ces discours, ayant toujours tendance à surestimer l’importance des batailles qui ont été livrées par les Américains et Britanniques. Ce n’est pas en Normandie que la guerre contre le 3e Reich a été gagnée, comme le dit Obama, c’est sur le front russe ! Tout historien sérieux le sait bien. Sans dénigrer l’immense tâche accomplie par les alliés occidentaux de 1939 à 1945, sans diminuer l’effort humain et matériel et les sacrifices endurés, la comparaison avec le front de l’Est mérite d’être faite, afin que justice soit rendue à ceux et celles qui, en URSS, ont véritablement gagné la guerre et libéré l’Europe de l’occupation nazie.

 

En juin 1944, par exemple, quelque jours après que 130'000 alliés débarquent en Normandie, l’Armée Rouge de Staline lancait l’opération Bagration où près de six millions de soldats russes ont annihilé l’armée allemande et ont ouvert ainsi la route pour Berlin, prise au printemps 1945. Les Etats-Unis ne sont pas entrés en guerre pour libérer la France, apporter la démocratie ou défaire le régime nazi. Ils sont bien sûr intervenus en réponse à l’attaque japonaise de Pearl Harbour, et en réponse à la déclaration de guerre de l’Allemagne et de l’Italie. Le seul pays à qui les USA ont déclaré la guerre est la Roumanie, en 1943. Oui, c’est vrai, le D-Day, la bataille de Normandie, ne sauva pas à proprement parler l’Europe de l’Allemagne nazie, il la sauva de l’URSS de Staline. Sans le débarquement de juin 1944, nous ne parlerions certainement pas allemand, mais – qui sait ? – peut-être le russe en deuxième langue comme ont dû le faire les Polonais, les Tchèques et autres habitants de l’Europe de l’Est, libérés par l’Armée Rouge.

 

Mais Obama, dans son discours, a dit quelque chose de juste et d’essentiel : « L’histoire est la somme des décisions de chaque être humain » et ces décisions comptent. Ces jeunes gens, en 1944, ont choisi d’être courageux, de combattre, de ne pas se rendre, de ne pas fuir, de remettre à plus tard les considérations humanitaires ou chevaleresques, et de faire en sorte que leurs objectifs soient atteints, le plus rapidement possible, afin de rentrer chez eux. Avaient-ils conscience de la portée historique et politique de leurs actes – et ce dans les deux camps ? S’il est difficile pour moi d’articuler une réponse, malgré les nombreux livres et témoignages lus et relus, il est certain qu’il me plaît de me demander si cette génération d’hommes et femmes est comparable à celle qui, aujourd’hui, devient adulte avec les gameboys, la téléréalité, le fast-food et les quotidiens gratuits. Cette nouvelle génération sait-elle seulement qu’il y eu un "truc" important entre 1939-1945 (et je n’ose même pas poser cette question sur mon sujet historique de prédilection qui est la guerre de 1914-1918, par peur de la réponse !) ? Cette génération apprend-elle encore quelque chose sur cette période  à l’école (je veux dire : à part l’Holocauste qui, bien qu’important à apprendre, semble prendre l’entière place dans certains manuels d’histoire) ? Il ne faudrait pas oublier. Ne pas oublier que le courage et le sacrifice de jeunes hommes a pu changer l’histoire. Et non pas comme simple fait historique, mais pour ce que cela signifie, pour des individus, d’avoir des conviction fortes, tellement fortes qu’il n’y a pas de sacrifice assez grand pour les atteindre.

 

Sur Omaha Beach, à marée basse, tout en me rappelant les scènes initiales du film Il Faut Sauver le Soldat Ryan, je me demande ce pour quoi nous, et les générations plus jeunes, sommes prêts à nous battre. Ce en quoi nous croyons tellement fort que nous serions prêts à sacrifier nos vies. Pas la démocratie sans doute, si on en croit le taux d’abstention aux élections et les guignols qui s’y présentent ! Et la liberté ayant été réduite à la consommation, je ne pense pas non plus que nous irons mourir demain pour nos télés à écran plat, nos voitures et nos consoles de jeux vidéo… Je me pose sérieusement cette question et ose croire que quelque chose renaîtra, une conviction, un idéal, qui nous fera dire aux derniers jours que nous n’avons pas vécu en vain.

 

 

pour Unité Populaire, Piero Falotti

 

 

du même auteur :   Visite  en  Ukraine  d’un  Membre  d’Unité  Populaire    Un  Membre  d’Unité  Populaire  en  Arabie  Saoudite

 
La Suisse n'est pas "c'te pays", c'est notre pays ! PDF Imprimer Envoyer
Lundi, 22 Juin 2009 20:18

« La nouvelle manie des politiciens interviewés à la radio ou à la télévision est de parler de la Suisse sans la nommer. Ils semblent avoir adopté la tournure "dans c’pays". Celui-ci dira "Le système politique de c’pays entrave les décisions". Cet autre s’exclamera : "Dans c’pays, il serait possible d’économiser des millions sur le prix des médicaments".

Apparemment anodin, ce tic de langage est au contraire lourd de sens. En refusant de désigner le pays sous son nom, la Suisse, ou en disant mon pays ou notre pays, celui-ci devient indéterminé. Dans le discours, il est mis au rang de n’importe quel autre, banalisé, privé de sa personnalité propre. Dès lors, ce qui est dit le concernant prend un tour un peu dédaigneux, voire méprisant. Mais cela indique aussi, et c’est là le plus grave, un refus d’affirmer son appartenance, de s’identifier à lui, de le reconnaître pour sien, de l’assumer. Un peu comme si, en parlant de sa femme, on disait "c’te femme", ou parlant de son chez-soi on disait "dans c’te maison".

De la part de politiciens élus pour représenter le peuple et pour se préoccuper des intérêts majeurs de la Suisse, c’est tout particulièrement choquant car on s’attendrait au contraire chez eux à une certaine tenue dans la façon de parler du pays, sans tomber dans l’emphase évidemment. Cette légèreté n’est donc pas que verbale. Elle marque aussi la désinvolture de politiciens plus engagés à défendre une cause partisane ou idéologique que leur pays. Pour eux, il faut craindre que la Suisse soit un terrain d’action comme un autre, ni plus ni moins. Mais faites attention, Mesdames et Messieurs, car dans c’pays, c’te classe politique, on n’en a pas besoin ! »

 

Marie-Hélène Miauton, Le Temps, 29 mai 2009

 

Identité  Suisse :  Pourquoi  en  Avoir  Honte ?

 
Un avocat suisse prêt à traîner les USA en justice PDF Imprimer Envoyer
Lundi, 22 Juin 2009 20:14

 

« Pour l’instant, ce n’est qu’une grande idée. Un projet fou, au stade du balbutiement, prévient Mauro Poggia. Reste que l’avocat genevois compte bien le concrétiser : il veut traîner les Etats-Unis devant la justice. Pour que le pays indemnise les victimes civiles du conflit en Irak !

 

L’idée était effleurée dimanche à la fin de l’émission Mise au Point, sur la TSR, qui retraçait le périple de Mauro Poggia en Irak, où il devait s’entretenir avec Mountazer al-Zaïdi, célèbre pour avoir balancé ses chaussures au visage de George Bush. L’avocat n’a pas pu voir son client mais est revenu à Genève avec son idée dans les bagages. Et le voilà à échafauder une procédure qui, si elle aboutissait, serait historique : jamais, dans l’histoire, des victimes civiles n’ont été dédommagées par un pays occupant.

 

Dans l’esprit de Mauro Poggia, la logique est implacable. « C’est un principe général : ceux qui ont subi un dommage non justifié par la loi ont droit à une indemnisation. » Et s’il n’est pas encore abouti, son plan de bataille est déjà bien avancé. L’avocat part du constat que, en 2003, les Etats-Unis ont mené une guerre illégitime contre l’Irak de Saddam Hussein. Sous un prétexte fallacieux : les armes de destruction massive. « Bush et ses alliés ont agi sans l’accord de l’ONU, violant le droit international. » Comme il juge l’invasion illégale, Mauro Poggia estime que « les Conventions de Genève, qui interdisent que l’on s’en prenne à des civils, ont été violées. Le conflit a fait des centaines de milliers de victimes dites collatérales, qui n’avaient rien à voir avec les cibles des Américains. » Première étape, donc, déposer une plainte contre l’Etat américain pour violation de ces conventions.

 

Si le tribunal compétent entre en matière et reconnaît la violation, la seconde étape serait plus politique. « Comme les Etats-Unis ne reconnaissent aucune instance internationale, l’idée serait d’agir par la pression populaire. De s’appuyer sur la force de l’opinion publique pour que le pays soit contraint d’instaurer un tribunal arbitral ad hoc. Il me semble d’ailleurs que le climat est favorable : Barack Obama veut créer de nouvelles bases avec le monde musulman. » Cette instance statuerait ensuite sur les cas qui lui seraient soumis. Et indemniserait les victimes : tués, blessés, invalides.

 

Avant de se lancer, Mauro Poggia doit encore étudier en détail les questions juridiques. Dans son projet, il déposerait la première plainte. Tandis que ses amis irakiens commenceraient à réunir les preuves, recenser les cas, monter des dossiers. « Si ce projet devait aboutir, il créerait un puissant précédent et remettrait de l’éthique dans les relations internationales. Un Etat n’agresserait plus un autre sans la caution de la communauté internationale. Ou alors il passerait à la caisse, et je parle ici de milliards. La tâche, évidemment, est titanesque et de longue haleine : je n’imagine pas une issue avant au moins dix ans. Mais, quitte à échouer, ça vaut la peine de se battre pour un idéal. » »

 

 

Le Matin, 15 juin 2009
 
Hugo Chavez Félicite Ahmadinejad PDF Imprimer Envoyer
Lundi, 22 Juin 2009 20:05

« Le président du Venezuela Hugo Chavez a appelé au téléphone son homologue iranien Mahmoud Ahmadinejad pour le féliciter de sa réélection, saluée comme une "victoire pour un monde nouveau", a annoncé samedi la présidence vénézuélienne dans un communiqué publié à Caracas. M. Chavez, figure de proue affichée contre l'"impérialisme" en Amérique latine, a souligné, lors de cet entretien, que cette victoire démontrait "l'engagement du peuple iranien pour la construction d'un monde nouveau", selon le communiqué. Il s'agit d'"une victoire très grande et importante pour les peuples qui luttent pour un monde meilleur", a estimé le président vénézuélien, qui a connu un fort regain de popularité au Moyen Orient pour avoir expulsé l'ambassadeur israélien à la suite de l'offensive sur Gaza.

 

Les deux dirigeants, qui partagent des positions très critiques envers les Etats-Unis, ont exprimé le "désir de se réunir prochainement" et affirmé leur "volonté de renforcer les relations bilatérales", précise encore le communiqué. Proche allié du régime iranien, dont il est l'un des rares dirigeants à soutenir le programme nucléaire, le président vénézuélien a rencontré M. Ahmadinejad pour la dernière fois en avril dernier à Téhéran, où a été signée la création d'une banque bi-nationale. »

 

Libération, 13 juin 2009 

« Allez  au  Diable,  Yankees  de  Merde ! »   Les  USA  ne  Sont  plus  les  Bienvenus  en  Amérique  Latine  –  Les  Habits  Neufs  de  la  Gauche  Latino-Américaine  –  L’Ambassadeur  Suisse  au  Venezuela  Parle  de  Chavez  –  Naomi  Campbell  Rend  Visite  à  Hugo  Chavez  –  Politis  Donne  Raison  à  E&R  –  Chavez  Roi  du  Bronx  –  Renforcement  du  Socialisme  au  Venezuela  –  Iran  et  Venezuela :  l’Axe  anti-Américain  s’Organise  –  Hugo  Chavez :  un  Modèle  de  Résistance  pour  les  Peuples  Libres  –  L’Ecole  Bolivarienne  est  l’Ecole  du  Peuple  –  Viva  Chavez !  –  Chavez :  un  Bilan  Spectaculaire  –  Aucun  Roi  ne  Fera  Taire  les  Peuples  d’Amérique  Latine !  –  La  Réalité  sur  le  Boycott  d’Ahmadinejad    Pas  Facile  d’Être  Anti-Raciste  à  l’Onu  –  Ahmadinejad  à  Genève  un  Discours  Irréprochable  –  Regard  Eclairé  d’un  Américain  sur  L’Iran  –  UN CERTAIN ACHARNEMENT…Le  New-York  Times  Appelle  au  Génocide  des  Iraniens  –  Valeurs  Chevaleresques  contre  Valeurs  Consuméristes  –  LES JUIFS SONT DIVISES SUR AHMADINEJADLE NEW-YORK TIMES APPELLE AU GENOCIDE DES IRANIENSNOUVELLE MISE EN GARDE DE L’IRANBUSH MAUVAIS JOUEURLES POINTS SUR LES JIRAN ET VENEZUELA : L’AXE ANTI-AMERICAIN S’ORGANISELA CONJURATION DES NON-ALIGNES  –  Ahmadinejad  Parle  aux  Allemands  (I)  –  Ahmadinejad  Parle  aux Allemands  (II)

 
Expertocratie et communication politique PDF Imprimer Envoyer
Lundi, 22 Juin 2009 19:55

« La communication devient une nécessité dans les sociétés démocratiques, à partir du moment où les dirigeants sont plus ou moins tenus de faire connaître les raisons de leur décision ou de rendre des comptes à ceux qui les ont élus. Les sociétaires sont tenus informés, et rien d’autre. […] [La communication] se développe lorsque la politique devient d’abord une question de paraître, et en se développant, elle renforce cette tendance. Elle relève alors essentiellement de la publicité, qui est l’une des formes modernes de la propagande. Le langage publicitaire est aujourd’hui le paradigme de tous les langages sociaux. […]

L’image privilégie l’apparence extérieure sur la résolution ou la disposition d’esprit intérieure. Elle privilégie la forme sur le fond, le contenant sur le contenu. Plutôt que de convaincre, l’homme politique cherche avant tout à plaire, à séduire. […] Les journalistes, dès lors, sont comme des dompteurs de cirque : ils font sauter le lion à travers leur cerceau. Cela montre, entre autres, que la bête est domestiquée. […]

La politique n’est pas seulement supplantée par l’économie, elle l’est également par l’expertocratie. Les "experts" sont des techniciens des affaires publiques pour qui les problèmes sociaux n’ont pas à être examinés selon des critères politiques mais selon des critères techniques. Ils pensent que pour résoudre un problème, il faut identifier la meilleure solution "technique", laquelle est ensuite censée s’imposer à tout – "il n’y a pas d’alternative" comme on dit… Mais en politique, il y a toujours des alternatives, qui sont fonction de l’idée que l’on se fait du bien commun. […]

Le bien commun n’est pas seulement un bien dont tous peuvent profiter. C’est un bien indivis dont les citoyens tirent bénéfice en tant qu’ils appartiennent à quelque chose qui leur est commun. L’Etat libéral refuse la notion même de bien commun, car celle-ci est toujours associée à une conception donnée de ce qu’Aristote appelait la "vie bonne". L’Etat libéral, lui, entend être "neutre" : il rabat sur la sphère privée les différentes conceptions de la "vie bonne", au lieu de se mettre au service de l’une d’entre elles. L’Etat libéral ne connaît au mieux que l’intérêt général, qu’il conçoit comme une si