Unité Populaire

lundi 17 novembre 2008

LES BANQUES SUISSES TOUJOURS PLUS LOIN DANS LE CYNISME


- « Le malheur des uns fait le bonheur de Crédit Suisse et de ses vendeurs de fonds d'actions. Alors que les Etats-Unis s'enfoncent dans la crise économique, la deuxième banque suisse propose d'investir dans des établissements pénitenciers privés américains. Une bonne opportunité de placement à long terme, peut-on lire dans la dernière mouture de Trends, son magazine pour les investisseurs professionnels. Et pourquoi donc ? Parce que, avec la récession, la criminalité va exploser et les promoteurs de prison, en bons entrepreneurs, vont décrocher le jackpot.


"C'est du cynisme à l'état pur" tonne Danièle Gosteli Hauser, responsable Economie et droits humains à la section suisse d'Amnesty International. Cette dernière n'en revient pas que le Crédit Suisse, qui porte une grosse part de responsabilité dans le krach financier, puisse spéculer sur l'augmentation de la criminalité due... à la crise justement. Le monde à l'envers ! "Je suis choquée de découvrir l'existence d'une telle offre dans le fonds de placement de Crédit Suisse, poursuit Danièle Gosteli Hauser. Cette approche n'est pas défendable éthiquement pour une banque qui se profile pour son respect des droits humains". L'économiste Paul H. Dembinski tombe, lui aussi, des nues. "Les banquiers du Crédit Suisse veulent-ils être certains de trouver une place en prison propre en ordre quand la justice leur réclamera des comptes ? ironise le fondateur de l'Observatoire de la finance à Genève et professeur d'économie à l'Université de Fribourg. C'est incroyable, cette affaire ! Comme quoi, l'argent n'a pas d'odeur." Même son de cloche de la part d'un cadre de haut niveau d'une banque régionale. "C'est un manque de sens terrien. Alors que tout le monde parle de placements socialement responsables, Crédit Suisse nous sort les prisons américaines. Je ne comprends pas comment ils peuvent ferrer des clients sur les malheurs des prisonniers américains. Qui a le cœur de manger de ce pain-là ?"


Du côté du Crésit Suisse, on affiche profil bas. "C'est de nouveau un cadeau empoisonné de nos amis américains" glisse un cadre de la banque en soulignant qu'il ne connaissait pas l'existence d'une telle offre. Quant à Yvonne Hafner, porte-parole du Crédit Suisse, elle cherche à sauver l'image de la grande banque en parlant d'une information interne qui n'est pas destinée à ses clients. Ni à Blick d'ailleurs qui a sorti l'information dans son édition d'hier. Trop facile, estime Danièle Gosteli Hauser qui prie le Crédit Suisse de revoir sa copie. "D'autant qu'en cas de violations de droits humains, il sera plus difficile d'obtenir d'une prison privée qu'elle rende des comptes." Ce début de polémique pourrait-il pousser le Crédit Suisse à faire marche arrière ? No comment de la part de la banque, qui ne voit rien de mal dans cette affaire. »



Le Matin, 14 novembre 2008


LES BANQUES, COMMENT ÇA MARCHE ?LA BANQUE NATIONALE SUISSE MIGRE DANS UN PARADIS FISCALUN DES PLUS GRANDS SCANDALES FINANCIERS DE L’HISTOIRE SUISSEAFFAIRE UBS : LES 6 RAISONS DE LA COLERE

REVUE DE PRESSE


Unité Populaire
Ici Georges Friedman, du Comité Valmy, nous explique pourquoi et grâce à quelles conditions historiques particulières l’Etat-nation est en train d’amorcer sans grand retour sur la scène du monde.


Ici Jean-Marie Harribey, dans un article du Monde Diplomatique, nous rappelle ce que sont les vertus oubliées de l’activité non marchande.


Ici Mercure, rédacteur sur Agoravox, donne sa vision des conséquences de la crise géorgienne sur la politique mondiale.


Ici Jean-Pierre Chevénement expose ses propositions sur la meilleure politique à suivre pour pouvoir résister à la mondialisation.


Ici VoxNR nous en apprend un peu plus sur Ivan Demidov, un conseiller idéologique très influent au Kremlin.


QUAND LES ETATS-UNIS REVENT D’EUROPE


« Un président ne peut pas tout et Barack Obama n’est pas le messie. Son Amérique restera l’Amérique, écrasée par sa force d’inertie, galvanisée par son ressort d’innovation. Mais l’élan de l’obamisme peut renverser bien des courants. Le rêve américain semble vouloir se refaçonner. On aspire ici à un mode de vie proche de l’européen : une présence plus ample de l’Etat, une véritable sécurité sociale, plus de solidarité en échange d’un accroissement d’impôts, moins de présomption à gouverner le monde. Ce presque Africain pourrait bien convertir l’Amérique à une nouvelle Europe. N’était-ce pas la promesse du Nouveau Monde ? »


Guy Sitbon, Marianne, 8 au 14 novembre 2008


ELECTIONS AMERICAINES : UN NON-EVENEMENT


LE 30 NOVEMBRE, SOUTENONS LE DROIT DE RECOURS !


Une déclaration de Philippe Roch, ancien directeur de l’Office fédéral suisse de l’environnement, datant du 22 décembre 2004 (dans un entretien accordé au Temps), qu’il n’est pas inutile de rappeler avant les votations du 30 septembre :



- « Il y a une contradiction entre la volonté de croissance économique et celle de préserver l’environnement. J’ai essayé de résoudre cette contradiction et je pense que, dans 90 % des cas, c’est possible. Mais parfois, les gens ne veulent pas vous écouter et ne veulent pas appliquer la loi. Le ton politique a changé dans ce pays. C’est un reflet de la civilisation actuelle, qui ne voit plus que l’intérêt matériel à court terme. Il y a un mal-être général qui fait qu’on cherche des boucs émissaires. On veut punir celui qui apporte un message désagréable, par exemple moi. C’est peut-être un reflet de l’insatisfaction profonde de beaucoup de politiciens, qui n’arrivent plus à avoir une vision pour l’avenir de ce pays. Car quel homme politique suisse d’aujourd’hui a encore la moindre vision d’avenir ? (...)


Notre système de croissance est devenu fou. Il se fond de plus en plus dans un grand tout qu’on ne maîtrise plus. Cela se traduit par la dégradation de l’environnement, le chômage, les agressions commises par des jeunes... Si on continue comme cela, si l’on détruit les bases naturelles du développement, on va aller droit dans un mur. Le réchauffement climatique est une expression de cette société folle. L’opinion publique est très bien informée sur ce problème, mais dès qu’il faut prendre des mesures concrètes pour limiter les émissions à effet de serre, les résistances augmentent. (...)


Il faut qu’une société nouvelle naisse, avec de nouvelles vraies valeurs : le respect, la solidarité entre les hommes, l’harmonie avec la nature. Ce qui m’intéresse vraiment aujourd’hui, c’est de recréer un fondement plus philosophique, plus moral, de développer une pensée fondamentale sur ces nouvelles valeurs. A terme, elles devraient déterminer de nouvelles forces politiques. »



Soutenir le droit de recours des associations est une condition essentielle pour le maintien du débat démocratique en Suisse ainsi que pour la possibilité de créer un environnement naturel plus sain et plus équilibré pour nos enfants.


Nous vous invitons à voter NON à l’initiative contre le droit de recours.


LA "PENSEE POSITIVE" A PRECIPITE LA CRISE


Wall Street « La culpabilité et sa roublarde de sœur, la spéculation, sont les coupables désignés de la crise financière. Mais une autre tournure d’esprit, que l’on admire beaucoup, a aussi sa part de responsabilité : je veux parler de l’optimisme délirant qui accompagne la très américaine et très répandue pensée positive. Telle qu’elle est véhiculée par quantité de pasteurs de mégaéglises et un flot incessant de livres de développement personnel, l’idée consiste à croire très fort que l’on peut avoir ce que l’on veut, non seulement parce qu’on se sent mieux en pensant de la sorte mais aussi parce que "visualiser" quelque chose (en se concentrant très fort) fait que cette chose se réalise. Vous pourrez rembourser cet emprunt à taux variable ou, si vous êtes à l’autre bout de la transaction, transformer ces milliers de prêts irrécouvrables en gigantesques profits. Il suffit d’y croire.


La pensée positive est endémique à la culture américaine. On la trouve partout, des programmes minceur aux groupes de soutien aux malades du cancer, et, ces vingt dernières années, elle s’est profondément enracinée dans le monde de l’entreprise aussi. Tout le monde sait qu’on ne peut pas décrocher un emploi payé plus de 15 dollards de l’heure si on n’est pas quelqu’un de "positif" et qu’on ne devient pas PDG en alertant sur d’éventuelles catastrophes.


Dans les librairies d’aéroport, les livres vendus au rayon management mettent en garde contre le "négativisme" et conseillent au lecteur d’être enthousiaste, optimiste et plein d’assurance en toutes circonstances. C’est un message que les entreprises n’ont cessé de conforter en payant à leurs cadres des séances de coaching, en les conviant à des grand-messes de motivation et en envoyant leurs dirigeants se faire "regonfler" par des gourous de la réussite. Le secteur de la finance n’a pas été épargné par cette tendance. (...)


Grâce à la hausse de leurs rémunérations, les patrons peuvent avoir presque tout ce qu’ils voulaient – il leur suffisait d’en exprimer le désir. Personne n’était psychologiquement prêt à affronter les difficultés parce que, en vertu du dogme de la pensée positive, le seul fait de penser à un problème le fait survenir. »



Barbara Ehrenreich, New-York Times, octobre 2008


lundi 10 novembre 2008

L’ISLAM : UNE ALTERNATIVE À QUOI ?


Jan Zwart Si un bilan devait être dressé de ces premières années du XXIe siècle, nul doute – les historiens du futur en attesteront certainement – que la question de l’Islam occuperait une place centrale dans les sujets les plus marquants de la période que nous traversons. Cette période, qui débute à la chute de l’empire soviétique, sera vraisemblablement considérée avec le recul comme une parenthèse géopolitique, quelques décennies durant lesquelles, brièvement, aura triomphé l’unilatéralisme, le pouvoir d’une seule puissance : la puissance nord-américaine. Parenthèse, dis-je, car tout semble à l’œuvre un peu partout dans le monde pour nous ramener à plus ou moins brève échéance à une période de multipolarité, dans une sorte d’accélération de l’histoire qui se manifeste par des signes aussi éloquents que la remise sur pieds de la Fédération de Russie, la montée en puissance de la Chine, la régénération politique d’une partie importante de l’Amérique du Sud, le réveil du monde arabe, et, de manière générale, un regain d’agitation dans les zones contrôlées par l’empire étasunien (guerre d’usure en Irak, refus à l’Est des boucliers anti-missiles de l’OTAN, exaspération au Japon et en Corée du Sud face à la présence militaire américaine, tensions sécessionnistes au cœur même de l’empire, etc.). Je ne vais pas me prêter ici au jeu des perspectives et des paris quant à la forme que prendra demain le nouvel ordre mondial désaméricanisé mais je vais me pencher plutôt sur la période que nous traversons en ce moment, une parenthèse qui n’a rien d’une stagnation.


De l’actuel leadership étasunien on ne doit pas déduire que tout autre modèle alternatif a cessé d’exister depuis la chute de l’URSS. Le communisme est moribond, certes, mais l’histoire a horreur du vide et à un mouvement international d’opposition de masse ne pouvait que succéder un autre mouvement international d’opposition de masse. Cette opposition, nous le savons tous, a aujourd’hui le visage de l’Islam.


De Moscou à Téhéran, de la moustache du petit père des peuples à la barbe du prophète, les convergences sont frappantes. Les médias occidentaux ne s’y trompent pas, d’ailleurs, puisqu’ils réservent bien souvent aux musulmans le même traitement diabolisant et discriminatoire qu’ils réservaient hier aux activistes communistes. Même chasse aux sorcières, mêmes amalgames calomnieux, même stigmatisation, mêmes accusations délirantes de terrorisme et de subversion, et, bien sûr, même peur d’une infiltration massive de cette subversion au cœur même du monde occidental. Les conversions, l’influence idéologique de l’Islam déstabilisent l’establishment au même titre qu’hier l’adhésion des travailleurs au Parti ou aux syndicats rouges. La comparaison s’arrête là mais c’est déjà beaucoup.


Cette "prolifération" fait d’autant plus peur qu’elle est grandement favorisée par le contexte démographique. Pour des raisons culturelles et économiques qui ne sont un secret pour personne, les pays occidentaux à forte immigration musulmane sont aujourd’hui le théâtre de ce que nous pourrions appeler une substitution progressive de peuplement. L’équation en est simple : immigration musulmane massive + regroupement familial + démographie explosive de cette immigration + dénatalité indigène = substitution ethno-culturelle d’un peuplement à un autre sur un territoire donné. La question de savoir s’il faut le déplorer ou s’en réjouir n’entre pas en ligne de compte dans cette analyse, il s’agit de faits et de faits indiscutables. Une certaine gauche applaudit au nom de l’idéologie multiculturaliste et xénophile tandis qu’une certaine droite vitupère au nom des vieilles chimères ethnocentristes et racialistes, mais, une fois de plus, les extrémistes des deux bords ont un train de retard et l’histoire ne les a pas attendus. Relevons tout de même qu’en dépit du discours cosmopolisant véhiculé par les médias du système, les immigrés migrent très rarement par choix ou par amour de leur terre d’accueil et les musulmans sont loin, c’est le moins qu’on puisse dire, d’être des fanas du métissage généralisé…


La question se complique encore – et devient plus intéressante – quand on sait qu’en plus de ses atouts démographiques, l’Islam peut compter, de plus en plus, sur un pouvoir de séduction qui va grandissant. Un exemple paru dans la presse il y a quelques mois m’avait particulièrement frappé. Un groupuscule islamiste qui fomentait des attentats en Allemagne avait été démantelé et ses membres arrêtés. Le seul hic de l’affaire, qui lassa les forces de l’ordre dubitatives, c’est qu’un nombre important des membres de ce groupe armé n’étaient ni des migrants arabo-musulmans ni des fils d’immigrés mais de jeunes Allemands de souche ! Doit-on vraiment s’en étonner ? L’Europe de l’Ouest, tout comme les Etats-Unis, n’est-elle pas un terrain particulièrement propice aux menées du prosélytisme islamiste ? Deux des plus grands "idéaux de masse" de notre histoire – le christianisme et le socialisme – ayant quasiment tiré leur révérence ou étant sur le point de le faire (ce constat s’applique particulièrement à notre coin d’Europe), il se trouve que nous n’avons rien de crédible à opposer à cette formidable espérance que représente l’Islam pour des millions et des millions d’individus à travers le monde. L’histoire a horreur du vide, je l’ai dit, et une place délaissée ne reste jamais longtemps vacante. Ceux qui, chez nous, s’étonnent du nombre croissant de conversions de nos compatriotes à la foi musulmane n’ont vraisemblablement pas compris que l’homme ne vit pas que de fêtes et de shopping, comme ils n’ont de toute évidence pas compris non plus que si nous n’avons à opposer à l’Islam que notre économie de marché et notre consumérisme hédoniste, alors c’est que nous avons déjà perdu.


La séduction de l’Islam s’exerce avant tout dans nos quartiers les plus défavorisés, de par la forte présence d’immigrés arabo-musulmans bien sûr, mais aussi pour des raisons beaucoup plus profondes. Ces raisons tiennent en grande partie à ce que nous appellerons les "convergences morales" qui existent entre certaines valeurs de l’Islam et les valeurs propres aux classes populaires de notre société. Ces valeurs recoupent en gros ce que Georges Orwell appelait la comon decency, soit un ensemble d’idées très précises de « ce qui se fait » et « ce qui ne se fait pas », un certain sens de l’honneur, de la famille, une certaine fierté identitaire et une virilité exacerbée. Virilité que beaucoup de jeunes travailleurs font leur, parce qu’elle correspond à l’image qu’ils souhaitent donner d’eux-mêmes et parce que les bas salaires qu’ils touchent (quand ce n’est pas l’absence pure et simple d’un emploi) sont au contraire ressentis par eux comme des facteurs humiliants de dévirilisation. Compensant ainsi leur faible pouvoir d’achat et leur impuissance à exercer une influence réelle sur la société qui les entourent, ils se laissent souvent séduire par un Islam viril – machiste, diront certains – qui leur enseigne le respect des aînés, de la mère notamment, et qui leur apprend à se prémunir physiquement contre tout affront les visant ou attentant aux valeurs que nous venons de mentionner (1) . En un autre temps, ces jeunes Européens, à la recherche de valeurs du même type, se seraient identifiés à une expression européenne, culturellement enracinée, de ces valeurs – le catholicisme, le scoutisme, telle ou telle mouvance philosophique ou culturelle ou que sais-je encore – mais le fait est que l’Europe moderne ne propose plus aucune de ces alternatives. Comme l’explique l’essayiste Guillaume Faye (auteur à prendre avec des pincettes mais qui a parfois des éclairs de lucidité), « le surgissement de l'Islam radical est le contrecoup des excès du cosmopolitisme de la modernité qui voulut imposer au monde entier le modèle de l'individualisme athée, le culte de la marchandise, la déspiritualisation des valeurs et la dictature du spectacle. » (2) Le choix de l’Islam par certains de nos compatriotes n’est tout de même pas qu’un choix par défaut, certes, mais on ne voit guère en même temps quelle autre offre morale et spirituelle pourrait lui faire concurrence.


Ceux parmi nous qui, sous l’influence débilitante des médias à discours unique, voient l’Islam banlieusard comme un univers barbare où les mosquées côtoient les caves à tournantes, sont donc bien loin de la réalité. Le fait est que ces médias cherchent sciemment, à chaque manifestation d’incivilité des jeunes immigrés arabo-musulmans (ou de ceux qui les côtoient) à mettre lesdites incivilités sur le compte de l’influence pernicieuse de l’Islam, comme si le Coran préconisait à ses lecteurs de dealer des stupéfiants, d’agresser les chauffeurs de bus, de brûler les voitures et de violer des femmes en bande. On présente les voyous en Lacoste et en casquette de base-ball comme des sectateurs de Mahomet alors que nous savons pertinemment que ces gens-là ont été allaités au rap américain, aux vidéos porno, à la culture bling-bling de MTV et au fantasme de l’argent facile entretenu par la pensée ultralibérale. Rien de commun avec l’Islam, on en conviendra. Rien de commun entre ce lumpenprolétariat acculturé et hyper-consumériste et la République islamique d’Iran, par exemple, qui développe jusque dans le domaine de la publicité une méfiance soutenue face aux écueils de la société de consommation (3). Rien de commun entre ces ados décérébrés accros aux sites X et les activistes musulmans du Maghreb en guerre contre Canal+ et son Journal du Hard (4) . Ceux que d’aucuns appellent les "racailles" ne sont en définitive pas des musulmans en puissance – ce sont des Américains en puissance.


Serions-nous donc pris en tenaille entre deux modèles antagonistes de société (le musulman et l’étasunien) dont aucun n’est vraiment le nôtre ? Serions-nous donc déjà hors de la course, sommés de choisir entre deux conceptions de la vie dont aucune n’est européenne ? Je me souviens d’un slogan identitaire qui avait circulé en Suisse il y a quelques années sous forme de graffitis sur les murs et qui disait "ni McDo ni kebab". Une certaine conception de la neutralité suisse, dira-t-on… Ce type de slogans, construit sur le vieux modèle du célèbre "ni trust ni soviet" de la guerre froide, ne va certes pas chercher bien loin mais il met en exergue cette question du retour de la bipolarité mondiale que j’évoquais au début de cet article et l’abyssale absence de l’Europe dans le nouveau jeu géopolitique et idéologique qui est en train de se dessiner. Si nous ne parvenons pas sur le moyen terme à régénérer ce que nous pourrions appeler une vraie pensée européenne (et je me permets de ne pas être très optimiste sur ce point), il viendra immanquablement un moment où il nous faudra affronter ce choix difficile et prendre parti, au moins à titre individuel, pour un des deux camps en présence. Lequel ?


En pleine guerre froide, Alain de Benoist, éminent intellectuel français, s’était, sur le même modèle, élevé au dessus des préjugés anticommunistes en cours dans les milieux qu’il fréquentait (la "nouvelle droite") et il avait écrit, s’attirant la foudre de nombreux de ses camarades : « Certains ne se résignent pas à la pensée d’avoir un jour à porter la casquette de l’Armée Rouge. De fait, ce n’est pas une perspective agréable. Nous, nous ne supportons pas l’idée d’avoir un jour à passer ce qui nous reste à vivre en mangeant des hamburgers du côté de Brooklyn. » (5) En remplaçant la casquette de l’Armée Rouge par le keffieh palestinien, nous aurions, je crois, un énoncé clair du dilemme qui est aujourd’hui le nôtre, à nous jeunes Européens.


J’étais, il y a quelques jours, assis dans le bus à côté d’une femme voilée entourée de trois ou quatre enfants en bas âge et je feuilletais Le Matin Bleu. Il était question, dans la brève que je lisais (car il n’y a que des brèves dans Le Matin Bleu) d’une jeune Italienne qui participait en ce moment à une émission de télévision où elle avait mis aux enchères sa virginité ; elle espérait au moins empocher un million et demi d’euros. Le journaliste expliquait que ce nouveau concept à la mode nous venait d’outre-Atlantique (allons donc !) où l’hymen d’une jeune Américaine avait trouvé acquéreur sur Internet pour la somme faramineuse d’1,2 millions de dollars. Et la jeune fille d’expliquer : « Je n’ai pas de dilemme moral, nous vivons dans une société capitaliste. » (6) Ecœuré, j’ai refermé mon journal et je me suis surpris, sans y penser, à observer cette mère de famille voilée en train de parler à ses enfants. J’ai alors réalisé l’abîme incommensurable qui séparait ces deux mondes, celui – fait de droiture et de préceptes stricts – de l’Islam, et celui, jouisseur et cynique, d’un Occident abandonné aux ravages du libéralisme apatride. Ces deux sphères idéologiques sont résolument inconciliables.


S’il fallait vraiment choisir – et je ne le ferais pas de bon cœur car ce combat n’est pas le mien – alors il faudrait peut-être se poser une question très simple : préféreriez-vous que votre fille se convertisse à l’Islam ou qu’elle mette sa virginité aux enchères sur Internet ? Quant à moi, je n’hésiterais pas une seconde.



David L’Epée, pour Unité Populaire



1 – J’ai voulu mettre l’accent sur cette question de la virilité parce qu’aux dires de nombreux musulmans (et on ne peut pas entièrement leur donner tort), c’est précisément ce qui ferait défaut à notre actuelle conception de la vie. Je ne parle pas de la conception européenne en tant que telle mais de ce qu’elle est devenue depuis quelques décennies sous l’influence de certaines idées libérales et de la religion dite des "droits de l’homme". Il faut bien avouer que convertis comme nous le sommes à l’auto-masochisme, au reniement permanent de nos origines et au mépris de toutes les manifestations morales ou physiques de la force (à laquelle nous préférons maintenant des valeurs plus "féminines" telles que la douceur, les concessions, la tolérance), nous ne sommes plus vraiment de taille à tenir tête lors d’un hypothétique choc des civilisations. Evolution positive ou dommageable ? Je me permets de suspendre mon jugement.
2 – Guillaume Faye, "L’Archéofuturisme", éditions de l’Aencre, 1998
3 – « L’Iran a interdit aux vedettes du cinéma et du sport de faire de la publicité, affirmant que les célébrités ne devaient pas promouvoir la culture de la consommation. "L’utilisation de l’image des artistes, des sportifs et des personnalités culturelles est interdite dans les publicités commerciales" a déclaré Ali Reza Karimi, directeur général du Ministère de la culture en charge de la publicité. Il a ajouté que les artistes et les célébrités "doivent promouvoir la culture des notions chevaleresques plutôt que celle de la consommation". » (AFP, 9 juillet 2008)
4 – « Le parquet antiterroriste de Paris a ouvert une enquête préliminaire après des menaces proférées à l'encontre de Canal+ exigeant que la chaîne cryptée cesse la diffusion de films pornographiques vers le Maghreb. La chaîne avait déposé plainte après avoir reçu un courrier anonyme fin juin. Son ou ses auteurs, qui se présentent comme musulmans, menacent de "faire sauter le siège" de la chaîne, situé au sud-ouest de Paris, si elle ne met pas fin à la diffusion chaque premier samedi du mois de son film pornographique, diffusé aux abonnés du Maghreb et du Moyen-Orient grâce au satellite Hotbird. » (AFP, 8 juillet 2008) Ce communiqué m’a rappelé un texte du libre penseur français Marc-Edouard Nabe, sympathisant anarchisant de la cause musulmane, qui écrivait dans son journal La Vérité (n°1, novembre 2003) : « La pudeur manque. Il ne faut pas s’étonner que ce soit à coups de bombes que certains cherchent à l’imposer. Oui, chaque attentat est non pas un attentat à la pudeur, mais pour la pudeur ! »
5 – Alain de Benoist, in. Eléments n°41, mars-avril 1981
6 – Le Matin Bleu, 18 septembre 2008, p.12, rubrique "économie" (!)



Lire la réaction de Michel Drac (E&R)


Participer au débat houleux sur Agoravox…

ELECTIONS AMÉRICAINES : UN NON-EVÉNEMENT


Obama « Novice ou expérimenté, Blanc ou Noir, les deux sénateurs (Obama et Mc Cain) proviennent du même chaudron traditionnel qui alimente le régime étasunien. Le juriste pas plus que le militaire, le démocrate comme le républicain, peinent à brosser les contours de ce "changement" qu'ils aimeraient incarner.


Pour les Etasuniens, ce début de millénaire a tourné au cauchemar. Touchés dans leur territoire-sanctuaire le 11 septembre 2001, ils voient depuis s'effondrer chacune de leurs certitudes. Fierté nationale et coûteux pilier de leur superpuissance, l'armée est embourbée en Irak et en Afghanistan. A l'exception de la Colombie, les marines ont été chassés de leur ancienne arrière-cour sud-américaine, illustrant le recul de l'influence US partout dans le Sud. Créations de Washington, le FMI et la Banque mondiale n'ont jamais été autant contestés. Cet affaiblissement du leadership mondial s'est doublé d'une profonde remise en question de son modèle de développement, pourtant vieux d'un demi-siècle. Coup sur coup, la crise écologique et le fameux peak oil ont révélé à la population les limites de la civilisation de la consommation, de la voiture et des exurbs. Puis la crise des subprimes est venue toucher la quintessence même du rêve américain : la maison individuelle pour tous.


Encore groggy, les Etats-Unis commencent à réaliser que le temps de la vie à crédit – auprès de la nature ou des autres nations – est terminé. Qu'un autre paradigme écologique et économique est à inventer d'urgence. Un nouveau contrat social à rédiger. L'effondrement de Wall Street et de son château de cartes spéculatif devrait éclairer les plus utopistes.


Face à cette crise, profonde, brutale, la pire depuis trois générations, la campagne électorale qui vient de s'achever laisse songeur. Ceux qui attendaient le successeur de Franklin Roosevelt ont dû se contenter d'une répétition du débat de 2000 entre George Bush et Al Gore. Une pincée de social et de biodiesel contre une double dose de fuite en avant: quel "changement" ! Comme tous les traumatismes, la crise actuelle exigera du temps pour être assimilée. Mais à voir la docilité des électeurs à suivre les sillons des seuls prétendants autorisés par les médias et les lobbies, il n'est pas sûr que la démocratie nord-américaine ait aujourd'hui les ressources de proposer une autre voie. »



Benito Perez, Le Courrier, 2 novembre 2008


LA CORRUPTION DES POLITICIENS SUISSES NUIT A LA DEMOCRATIE


« On mentionnera que les versements des banques aux partis politiques suisses ne sont que la pointe de l’iceberg de la corruption du milieu politique local. Les multinationales et des entreprises suisses versent, elles aussi, leur contribution aux partis qui se sont vendus. A titre personnel, les élus de gauche comme de droite siègent dans les conseils d’administration de toutes les sociétés disposées à leur payer un pot-de-vin hypocritement appelé "jeton de présence". Certains élus siègent ainsi dans des dizaines de conseils d’administration.


Non seulement "la gauche" suisse s’abstient de dénoncer cette situation de corruption institutionnalisée, mais ses propres élus ne demandent qu’à se vendre. Il n’y a donc pas lieu de s’étonner du fait que les partis suisses "de gauche" sont les premiers à qualifier de démagogique toute revendication sociale émanant de leur base. Ils ne revendiquent même pas l’adaptation au renchérissement du coût de la vie du "minimum vital" des plus démunis, ce qui ne les gêne nullement pour déblatérer à propos de "la générosité de l’Etat social". Quant aux syndicats suisses, leurs comités sont complètement noyautés par des politicards "de gauche". A chaque élection du comité, les apparatchiks font appel à leurs petits copains du parti, lesquels débarquent en masse à l’assemblée générale pour voter comme des marionnettes. Face à ces blocs de voix acquises aux politicards, aucun militant indépendant n’a la moindre chance d’être élu.


Ce système permet aux apparatchiks de se maintenir en place durant des dizaines d’années, que cela plaise ou non à une base dont ils trahissent sans scrupule les intérêts les plus légitimes. Ainsi, d’une manière générale, loin d’exiger de véritables augmentations de salaire, les syndicats suisses se contentent de revendiquer des pseudo-augmentations compensant à peine le renchérissement du coût de la vie. Le dernier président de l’Union Syndicale Suisse s’est fait embaucher par le département fédéral de l’Economie où, à peine entré en fonction, il a orchestré une nouvelle attaque contre les indemnités des chômeurs. Un autre ex-apparatchik de l’Union Syndicale Suisse publie dans plusieurs journaux des articles à la gloire du néolibéralisme.


Compte tenu de cette situation de corruption généralisée, on peut être certain que rien ne sera fait, au sein du milieu politique suisse, pour assainir la situation. Tous ont personnellement intérêt à ce que ce système continue. Quant aux rares élus ou militants qui le dénoncent, ils seront réduits au silence - on les accusera d’alimenter le "tous pourris" du Café du Commerce – ou exclus du parti. Pour conclure, on mentionnera que le même système fonctionne au niveau de chacun des cantons de la confédération suisse. Et c’est ce système corrompu, au sein duquel la "représentativité populaire" n’est qu’une imposture, qui se présente comme un modèle démocratique pour le reste du monde. »



Frank Brunner, Intérêt Général Info, octobre 2008


GRAND SCANDALE DE CORRUPTION DANS LE MILIEU POLITIQUE SUISSE

JEAN ZIEGLER : « L’ONU EST UN ECHEC »


Jean Ziegler « A l’aube de fêter ses 63 ans, l’ONU politique est en échec. Ses trois missions : assurer la sécurité collective, aider au développement et promouvoir les droits de l’homme, sont par terre. Les Etats-Unis déclenchent des guerres préventives. Ils pratiquent la torture. La misère augmente et ce sont désormais 100’000 personnes qui meurent de faim ou de ses suites immédiates tous les jours à cause, entre autres, de la spéculation boursière sur les aliments et les agrocarburants. (...) Ce qui paralyse le travail de la communauté internationale, c’est le double langage que pratique l’Occident aujourd’hui. Les Etats-Unis se posent en garants de valeurs humanistes, alors qu’ils pratiquent la torture. L’Union européenne se vante d’être le berceau des droits de l’homme, mais affame la planète en soutenant la production de biocarburants. Tout cela débouche sur le fait que le Sud refuse aujourd’hui toute crédibilité à l’Occident. (...)


Il y a aujourd’hui une accélération dans la détérioration de la situation mondiale. La communauté internationale se défait, et cela, c’est nouveau. Alors même que pour la première fois de l’humanité nous aurions la possibilité de répondre aux besoins matériels de toute l’humanité, seules 500 multinationales contrôlent 52 % du PIB mondial et dictent leur loi aux Etats. (...) Cette crise est dramatique. Les fonds de pension partent en fumée, des gens sont à la rue aux Etats-Unis, les budgets de soutien à des programmes d’aide fondent. C’est beaucoup de souffrances. La seule chose positive est que les brigands du néolibéralisme et du capitalisme de la jungle se montrent sous leur vrai jour. La voie est enfin libre pour la construction d’une société mondiale plus solidaire et plus juste. »



Jean Ziegler, interviewé par Le Matin, 12 octobre 2008


JEAN ZIEGLER PART À CUBA« LA LIBERTÉ OPPRIME, LA LOI LIBÈRE »

LES BANQUES, COMMENT ÇA MARCHE ?


Une vidéo pour mieux comprendre ce qui nous arrive en ce moment…



LA BANQUE NATIONALE SUISSE MIGRE DANS UN PARADIS FISCAL !UN DES PLUS GRANDS SCANDALES FINANCIERS DE L’HISTOIRE SUISSEAFFAIRE UBS : LES 6 RAISONS DE LA COLÈRELE RETOUR DE LA RÉGULATION ECONOMIQUE ?LE LIBÉRALISME RATTRAPÉ PAR LES RÉALITÉS DE L’ECONOMIEECLATANTES CONTRADICTIONS DU CAPITALISMEIL VAUT MIEUX EN RIRE…

mardi 4 novembre 2008

GRAVE SCANDALE DE CORRUPTION DANS LE MILIEU POLITIQUE SUISSE


ploutocratie « Près de 2 millions de francs suisses sont versés chaque année aux partis de droite par UBS et le Credit Suisse. Depuis que le plan de sauvetage des grandes banques a été annoncé, la polémique fait rage sur l’influence des banques sur la politique fédérale. UDC, PDC et PRD devront-ils rendre l’argent reçu ?


Il est un secret mieux gardé que la recette du Coca-Cola : le montant des versements des milieux économiques aux partis politiques suisses. Les pontes de la Berne fédérale le savent pourtant. Des recherches du SonntagsBlick fournissent pour la première fois l’ordre de grandeur de ces dons : chaque année l’UDC, le PDC et le PRD encaissent quelque 2 millions de francs en provenance d’UBS et du Crédit Suisse. Mieux : il existe des comptes secrets alimentés par des dons dont personne ne doit connaître la provenance.


L’arrogance des banquiers et les milliards pour UBS ont fait tomber le mur du silence. "Les grandes banques nous ont graissé la patte pendant des années" a déclaré, la semaine dernière, un conseiller national UDC demeuré dans l’anonymat. Coup de tonnerre dans le landernau politique. Subitement, les politiciens parlent des dons d’UBS et du Crédit Suisse. Rien de tel que l’anonymat pour délier la langue des hauts responsables des partis connaissant ces flux financiers secrets. Voyez les résultats étonnants de nos recherches. "Le PDC a reçu, chaque année, entre 100000 et 500000 francs d’UBS et du Crédit Suisse" déclare un initié du PDC. Qui ajoute : "Nous boxons ainsi dans la même catégorie que l’UDC et le PRD". (...)


Un conseiller national précise : "La provenance des dons devait être maquillée". Le président du PDC suisse, Christophe Darbellay est gêné : "Je n’ai pas de renseignements à fournir à ce sujet". Il refuse de commenter l’ordre de grandeur des dons des grandes banques. Une chose est claire : sans l’argent d’UBS et du Crédit Suisse, les démocrates-chrétiens auraient de la peine à faire bouillir leur marmite : ces dons forment un quart du budget du PDC. Le PRD reçoit "par année entre 300000 et 700000 francs" d’UBS et du Crédit Suisse, selon un intime du parti. L’association les Amis du Parti Radical, que préside l’ex-CEO d’UBS Peter Wuffli, verse des montants semblables. Un parlementaire radical s’étrangle : "Notre président exige que les bonus soient remboursés et laisse parallèlement les plus gros arnaqueurs soutenir le parti". Nous savons que le PRD possède, lui aussi, un compte secret pour camoufler l’origine des fonds. L’argent est sur un compte à Genève.


Un ancien apparatchik du parti ne cache pas que les grandes banques ont lié leurs versements à certaines conditions : "A l’élection d’Hans-Rudolf Merz, les pressions du Crédit Suisse et d’UBS ont été très fortes". Le chef du Parti Radical, Fulvio Pelli, reste de marbre : "Nous avons promis à nos donateurs de rester discrets". "Nettement plus qu’un demi-million", voilà la somme versée à l’UDC par UBS et le Crédit Suisse, à en croire un insider du parti. (...) Quand le conseiller national Christophe Mörgeli (UDC/ZH) a débiné, en mars 2005, la "clique des petits copains" du Crédit Suisse dans l’hebdomadaire Die Weltwoche, le président du Crédit Suisse est intervenu personnellement auprès de l’UDC. Christophe Mörgeli s’en rappelle : "Le soutien financier à l’UDC a été suspendu pendant une année". Le président de l’UDC, Toni Brunner, n’a lui aucun commentaire à livrer. »



Sonntagsblick, 27 octobre 2008


DE LA DEMOCRATIE A LA PLOUTOCRATIE

QUELQUES GRAINES DE LUCIDITE DANS LE PARTI DES BOBOS


Christian Levrat « Le congrès du Parti Socialiste à Aarau a approuvé très nettement les nouvelles orientations voulues par le président Christian Levrat. Objectif : gagner en cohérence afin de ne pas laisser le champ libre à l'UDC. Les propositions du comité directeur visant à renouveler en profondeur les thèses socialistes sur la sécurité publique ont passé haut la main l'épreuve du congrès, samedi et dimanche à Aarau. Le PS s'est trop longtemps contenté de laisser le champ libre à l'UDC et à son discours sécuritaire simpliste, ont plaidé les dirigeants socialistes ce week-end. Sur cette question sensible pour le parti et sa tradition anti-répressive, les socialistes doivent combler une lacune dans leur programme et gagner en cohérence, a souligné la vice-présidente Jacqueline Fehr. Car ce sont les couches défavorisées de la société ainsi que les classes moyennes qui ont le plus à souffrir de l'insécurité au quotidien, a noté la conseillère nationale bernoise Evi Allemann, qui a présidé la commission interne chargée d'élaborer les propositions.


Un changement de cap, voire une rupture qui n'allait pas de soi et qui a suscité un intense débat au sein du parti ces derniers mois. Mais le congrès n'a pas voulu aller plus loin et édulcorer davantage la voie tracée par la direction du parti. Le noyau dur de ses propositions est ressorti intact des cinq heures de débat nécessaires, dimanche, à l'examen de détail des nouvelles thèses. Sur les points les plus controversés, la quasi-totalité des amendements défendus notamment par des voix genevoises, vaudoises et neuchâteloises, ainsi que par la Jeunesse socialiste, ont été balayés. (...)


Une telle remise à plat ne pouvait espérer convaincre tout le monde. La criminalité commise par des étrangers, notamment, reste un tabou. C'est sur ce chapitre que portait l'un des rares amendements à avoir été accepté. Le langage a été retravaillé mais rien n'a été changé sur le fond. Au nom du réalisme politique et en prévision de la campagne sur l'initiative de l'UDC en faveur du renvoi des délinquants étrangers, le PS renonce ainsi à une revendication symbolique, celle de l'abolition de la "double peine" des criminels étrangers. Le document adopté approuve l'expulsion des délinquants étrangers condamnés à une longue peine, pour autant que le principe de proportionnalité soit respecté. La même mesure doit être appliquée aux étrangers qui entrent en Suisse dans le seul but d'y commettre un délit, même mineur. (...) Au final, espère la direction du PS, ces nouvelles thèses devraient permettre au parti de surmonter les contradictions qui lui étaient souvent reprochées sur le terrain. »



Le Temps, 27 octobre 2008


VERS UN REVEIL DE LA GAUCHE SUISSE ?

PENDANT CE TEMPS-LÀ EN ANGLETERRE…


« Pour satisfaire à la demande des étudiants "transgenres" (dont l’identité sexuelle ne correspond pas à leurs organes génitaux), l’Université de Manchester vient de changer la dénomination de ses toilettes. Désormais, les termes "hommes" et "femmes" seront remplacés par "toilettes avec urinoir" et "toilettes sans urinoir". »


L’Hebdo, 23 octobre 2008



« Fini les petites histoires de choux et de roses. D’ici à 2010, les petits Anglais seront initiés à l’éducation sexuelle dès l’âge de 5 ans. C’est ce qu’a annoncé mercredi le gouvernement britannique. Un programme détaillé pour un objectif bien précis : limiter les MST en forte hausse sur le territoire et réduire le nombre de grossesses adolescentes. Avec 39’000 mineures enceintes en 2006 (dont 7300 âgées de moins de 16 ans), la Grande-Bretagne détient un ¬record en Europe. Désormais, même les écoles religieuses devront dispenser le nouveau programme. Et la réforme pourrait bien soulager quelques parents. "Certains ne sont pas très à l’aise. Or, dans notre société très sexualisée, il faut répondre aux questions des enfants. Et qui mieux que l’école peut le faire ?" s’interroge Rebecca Findlay de l’Association de Planning Familial (FPA). (...) Selon Stephen Green, directeur national de Christian Voice, la réforme "encouragera l’expérimentation" sexuelle et contribuera, paradoxalement, à une augmentation des grossesses adolescentes. Une voix discordante que le gouvernement n’entendra pas, tant il est soucieux de modifier les comportements des petits Anglais. »


AP, 25 octobre 2008


DES LAURIERS POUR LES DEGENERESJUSQU’ICI TOUT VA BIEN…

LA RUSSIE ET LA CRISE FINANCIÈRE


Kremlin « "Les Américains n'ont qu'à se débrouiller eux-mêmes pour régler leur crise hypothécaire !" lançait il y a quelques semaines encore le président russe Dimitri Medvedev. Malgré les chutes boursières vertigineuses et le prolongement de la crise financière, les autorités russes tentent de maintenir le navire à flot en injectant des centaines de milliards de roubles dans l'économie nationale, pour soutenir notamment le secteur bancaire.


Mais la Russie a été l'un des marchés les plus touchés par l'effondrement boursier de ces dernières semaines. L'indice RTS de la bourse de Moscou a ainsi perdu plus de 60% de sa valeur depuis le début de la crise et a dû interrompre ses activités à de nombreuses reprises afin de limiter les dégâts. Youri, un informaticien d'une trentaine d'années, qui avait mis un petit pécule dans un fonds d'investissement, reconnaît ainsi avoir perdu "quelques milliers de dollars" depuis le début de la crise. "Il faut attendre que ça remonte" ajoute-t-il, confiant, en assurant avoir précisément choisi de placer ses économies dans le marché russe par patriotisme économique.


Un patriotisme qui va de pair avec un discours, de plus en plus dominant en Russie, sur la fin de l'hégémonie américaine. "Les événements en Ossétie du Sud et l'effondrement de l'économie marquent la fin du monde unipolaire" assure Oleg Morozov, vice-président de la Douma. Un point de vue partagé par l'opposition : "La crise économique ne marque pas la fin de l'Amérique, mais la fin de son ère de domination" renchérit l'économiste Irina Khakamada, ancienne candidate à l'élection présidentielle de 2004. (...)


Vendredi, le premier ministre, Vladimir Poutine, annonçait l'injection de plus de 175 milliards de roubles (près de 7,5 milliards de francs) sur les marchés russes d'ici à la fin de l'année pour soutenir notamment les géants de l'économie – déjà semi-publics – comme Gazprom ou encore les banques d'Etat. Repli patriotique de l'économie russe en période de crise ? "Depuis longtemps, des acteurs économiques demandent au gouvernement qu'il consacre une partie des ressources dont il dispose à l'achat de valeurs russes et non étrangères" a déclaré Vladimir Poutine devant des députés de la Douma. "Etant donné les processus compliqués actuellement à l'œuvre dans l'économie occidentale, je pense aujourd'hui que cette demande est justifiée". »



Le Temps, 13 octobre 2008


L’EUROPE A BESOIN DE LA RUSSIELA RUSSIE EN 2025RENAISSANCE DE LA RUSSIE

LE BON MOT DE BERNARD LANGLOIS


Bernard Langlois « Quoi de plus distrayant, mes semblables, mes frères, que cette littérature de crise qui envahit nos gazettes ? Ces supputations savantes, ces hypothèses et avis d’experts, ces dissertations fumeuses qui s’étalent par colonnes entières dans des médias traumatisés de ne plus savoir par quel bout prendre cette avalanche de mauvaises nouvelles : le Caca-rente qui n’en finit pas de dégringoler (de concert avec ses copains Dos Jaune et Nique-aïe) ; ces banques orgueilleuses qui partent en vrille, ces parachutes qui se mettent en torche, pendant que les grands argentiers courent la planète et se concertent fébrilement avec des responsables politiques aux traits tirés et à la mine défaite ne sachant plus à quelle courbe de Kondratiev se fier…


Il y a quelques semaines encore, l’affaire était entendue : hors quelques coups de tabac périodiques et secondaires comme en connaissent les maisons les mieux tenues, le capitalisme était increvable. Arrimé à sa commère la démocratie, le système était là pour toujours, "horizon indépassable de notre temps", comme disent les têtes pensantes de la rue de Solferino. Depuis la chute du Mur, une fois déblayés les décombres du "socialisme réellement existant », nous pouvions célébrer tout à la fois "la mort des idéologies" et "la fin de l’Histoire". Plus personne pour dire bien fort, après Saint-Just, que "la Révolution doit s’arrêter à la perfection du bonheur" : nous devions apprendre à nous satisfaire de ce que nous avions, soit – inusable formule de Churchill ! – "le pire des systèmes à l’exception de tous les autres". Comprenez : la main invisible du marché dans la culotte de soie d’une ploutocratie arrogante qui, du haut des privilèges qu’elle s’octroie, ose se réclamer du peuple souverain. Ou encore, dit autrement et théorisé par Dame Thatcher et ses disciples : le règne de TINA ("There is no alternative"). C’était hier encore. Aujourd’hui, on appelle en urgence l’intervention de la main de fer de l’État (dans son gant de velours, quand même, hein !) et l’on nous explique que, dans le meilleur des cas, la crise pourrait durer jusqu’au printemps 2009, ce qui causera déjà de graves dégâts économiques et humains ; plus sûrement, de deux à cinq ans ; les moins optimistes annonçant un chaos aux effets imprévisibles et formidables, jusqu’à la phase terminale du capitalisme. Soit toutes les nuances d’une météorologie économico-politico-sociale qui s’étalent de : "temps pourri" à "avis de tempête". Sortons couverts. (...)


C’est précisément sur cette idée reçue (qu’il faudrait distinguer un bon et un mauvais libéralisme) que revient, dans un essai percutant comme il sait faire, le philosophe Jean-Claude Michéa. Toujours dans les traces de son maître Orwell, dont il est le biographe attitré, Michéa nous entraîne à refuser cette distinction dans le même esprit où il avait déjà exploré l’Impasse Adam Smith, ou l’Empire du ¬moindre mal. Une double pensée, selon l’auteur, est contenue dans ce qu’on est convenu d’appeler "pensée unique" pour caractériser "cette uniformité idéologique désolante qui caractérise le paysage médiatique contemporain". Comment comprendre, sinon, que chacun trouve son compte dans cette formule aujourd’hui banalisée (Michéa en attribue la paternité conjointement à Ignacio Ramonet et Alain de Benoist : faudrait éclaircir ce point), aussi bien ceux qui combattent le diktat du libéralisme économique que ceux qui dénoncent l’emprise du libéralisme politique et culturel. "Le fait est que cette “pensée unique” apparaît toujours curieusement dédoublée : elle croise en permanence un discours économiquement correct (qui a plutôt les faveurs de la bourgeoisie de droite) et un discours politiquement correct (qui a plutôt les faveurs de la bourgeoisie de gauche)." Pour Michéa (comme pour Orwell) – et si l’affirmation vous titille, allez-vous même lire la démonstration brillante qui l’étaye –, les deux libéralismes répertoriés et régulièrement évoqués ne sont que les deux faces d’une même médaille, "les deux versions parallèles et (ce qui est le plus important) complémentaires d’une même logique intellectuelle et historique". Dit de façon imagée : "Le Festival de Cannes n’est pas la négation majestueuse du Forum de Davos. Il en est, au contraire, la vérité philosophique accomplie." (Amis bobos, vous pouvez remplacer Cannes par la Nuit de la culture ou la Fête de la musique, ça le fait aussi !)


Quoi qu’il en soit, bourgeois de droite ou bourgeois de gauche, c’est toujours le bourgeois qui cause, pas vrai ? En tout cas, on n’entend que lui. Le populo et son "sens commun" (sa common decency) ne sont pas assez "modernes" pour être audibles. Prenons garde alors, et en l’absence de cette "riposte sociale" que Julliard appelle de ses vœux (et de son point de vue, elle ne peut être qu’organisée, encadrée, pas vrai ? Mais par qui ?), ne reste plus qu’un débondage sauvage qui peut prendre toutes les formes extrêmes qu’on a connues dans un passé encore récent. »



Bernard Langlois, Politis, 16 octobre 2008


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